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BACH – BUXTEHUDE / LA RENCONTRE

19.02.2018

Profitant du double anniversaire de la naissance et de la disparition du compositeur Dietrich Buxtehude (1637-1707), aujourd’hui encore trop peu connu, l’Ensemble21 propose un concert original inspiré du thème de la rencontre. La rencontre de Johann Sebastian Bach (1685-1750), alors âgé de 20 ans, avec son aîné Dietrich Buxtehude à Lübeck en 1705, mais aussi celle entre passé et présent, avec la mise en relation de la musique de ces deux maîtres du baroque et celle d’Eliott Delafosse, jeune compositeur de la classe de composition du Conservatoire de Mons. À cette occasion, les musiciens de l’Ensemble21 jouent sur instruments baroques.

Folk Songs en miroir

10.10.2019

Albane Carrère et Ensemble21

Les Folksongs de Luciano Berio occupent une place particulière dans l’histoire de l’Ensemble21 puisque c’est l’œuvre qui réunit une première fois ses musiciens en 1999, pour un concert au Musée d’art spontané chaleureusement salué par la critique musicale et maintes fois réitéré depuis.

Remarquable fusion entre musique populaire et musique savante, cette œuvre nous a accompagnés pendant un quart de siècle, renouvelant sans cesse enthousiasme et émulation auprès des musiciens et du public. Le temps m’a donc semblé venu de « fixer » un moment de notre déjà longue fréquentation de cette œuvre aux couleurs si exceptionnelles dans la musique du XXe siècle.

Connaissant le lien qui unit Jean-Marie Rens à l’œuvre de Berio, il m’a paru tout naturel de lui proposer de créer ensemble Onze Folksongs d’ici et d’ailleurs, œuvre qui, à l’occasion de cet enregistrement, offre un miroir original et inédit aux onze pièces de Berio.

Marc Collet

 

Directement inspirée des Folk Songs de Luciano Berio, l’œuvre de Jean-Marie Rens en adopte l’instrumentarium et nombre d’accents caractéristiques.

« L’un des projets importants de ce travail, qui se situe à mi-chemin entre l’orchestration-arrangement et la composition, est de préserver le caractère spécifique des onze chansons présentes dans ce cycle – certaines, très anciennes et remontant peut-être au Moyen Âge, sont modales tandis que d’autres sont clairement tonales.

Le traitement de ces mélodies, assez courtes à la base, oscille entre des zones de simple arrangement – la mélodie est présentée sans artifices particuliers (pour reprendre les mots de Bartók, “l’essentiel est l’air paysan, ce joyau serti dans sa simple monture”) – et des zones beaucoup plus composées où (c’est toujours Bartók qui parle) “l’air populaire est une sorte d’exergue secondaire, l’essentiel étant ce qui l’entoure et le soutien”.

Parmi les chansons “d’ici”, certaines sont en flamand ancien et en wallon tandis que d’autres mêlent le wallon et le français. Quant aux chansons venues “d’ailleurs”, elles ont des origines très diverses puisqu’aux côtés de deux chansons françaises, une berceuse séfarade ainsi qu’une vieille mélodie anglaise du XVIIe et une tarentelle italienne dédiée aux macaronis alimentent le cycle. »

Jean-Marie Rens

 

J’avais de tout temps éprouvé un sentiment de profond malaise à l’écoute de chansons populaires (qui sont des formes d’expression spontanée du peuple) accompagnées au piano. C’est donc pour cette raison, mais aussi, par-dessus tout, pour rendre hommage à l’intelligence vocale de Cathy Berberian que, en 1964, j’ai écrit Folk Songs pour voix et sept instrumentistes (flûte/petite flûte, clarinette, harpe, deux percussions, alto, violoncelle) et, par la suite, pour voix et orchestre de chambre (1973).

Ces Folk Songs représentent une sorte d’anthologie formée par onze chants populaires (ou donnés pour tels) de provenances diverses (États-Unis, Arménie, Provence, Sicile, Sardaigne, etc.), que j’avais trouvés sur de vieux disques, dans des recueils imprimés ou écoutés directement de vive voix chez des amis. Je les ai interprétés rythmiquement et harmoniquement : en un sens, je les ai recomposés. Le discours instrumental a une fonction précise : il doit suggérer et commenter tout ce qui paraît refléter les racines expressives – à savoir culturelles – de chaque chanson. Ces racines ne sont pas seulement affaire d’origine des chansons, mais elles concernent encore l’histoire de l’usage qu’on en a fait jusqu’à présent, quand on n’a pas voulu en détruire ou en manipuler le sens.

Luciano Berio

 

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Intonarumori, l’art des bruits

20.06.2018

Imaginer l’INOUÏ c’est comme désorienter les points cardinaux pour dessiner des territoires inconnus. Car c’est en explorant ces nouveaux espaces à cartographier, que les compositeurs ont inventé des langages reposant sur une métamorphose de la facture instrumentale, l’évolution des modes de jeux et le bouleversement des syntaxes sonores.

L’Intonarumori est ce drôle d’ensemble d’instruments inventé en 1913 par Luigi Russolo pour interpréter sa musique futuriste. Auteur du manifeste L’art des bruits, il théorise l’utilisation du son-bruit dans la musique et imagine l’avènement d’une musique nouvelle qui trouvera son inspiration dans les nouveaux bruits produits par les machines inventées par l’homme. 115 années plus tard, Ars Musica revient sur cette démarche, qui marqua de son empreinte l’art sonore du XXe siècle avec notamment des oeuvres (de Fabio Cifariello-Ciardi et Egidjia Medeksaite) qui reviennent sur ce dialogue entre machines et musiciens, entre utopie et révolution.

Musique du silence

19.02.2018

Issue d’une réflexion sur les entrelacs de Pollock, les mobiles aériens de Calder, les vertiges de Rothko ou les labyrinthes des tapis d’Anatolie pour le compositeur américain, d’une plongée dans la polyphonie des compositeurs franco-flamands ou du chant de l’Église orthodoxe pour le compositeur estonien, la musique « minimaliste » de Morton Feldman et d’Arvo Pärt nous immerge plus que toute autre dans un monde d’abîme et de silence.

Plongée dans les profondeurs de l’indicible,  « Musique du silence » nous apparaît comme un écho d’aube de l’humanité, de murmure des flots de la mer, de vent dans les cimes des arbres.

Le jeune compositeur belge Stefan Hejdrowski prolonge cet écho par une œuvre inédite, commandée pour l’occasion par l’Ensemble21.

PROFESSOR BAD TRIP

07.03.2018

Un programme original mettant en perspective l’œuvre emblématique du compositeur visionnaire Fausto Romitelli (1963-2004) et une création du jeune compositeur Christophe Guiraud (1974), commande de l’Ensemble21 et du Festival Ars Musica 2013.

Professor Bad Trip (1998-2000) de Romitelli est inspirée à la fois par les œuvres mescaliniennes d’Henri Michaux, les peintures de Francis Bacon et la BD de Gianluca Lerici. Cette musique « baroque contemporaine » est profondément marquée par la musique rock psychédélique des années 1970-1980, par la guitare de Jimmy Hendrix et par la musique techno.

Inscrite dans la lignée de l’œuvre de Romitelli, A Woman bathing in a stream (2013-2014) trouve elle aussi son point de départ dans la peinture de La jeune femme se baignant dans la rivière de Rembrandt. Cette pièce en forme de triptyque traduit le parcours du regard sur l’intimité de la matière picturale. Elle cherche à rendre palpables (haptomai revoie au toucher, à la sensation tactile) le geste du peintre, les coups du pinceau, à « redire » ce tableau en créant un espace sonore où « la forme surgirait elle aussi de gestes timbraux ».

Le programme est proposé avec projection d’un montage vidéo original du compositeur Christophe Guiraud mettant en scène les tableaux qui ont inspiré Romitelli.

En collaboration avec l’Espace Senghor et le Centre Henri Pousseur.

Stabat Mater

04.06.2018

Le Stabat Mater est une œuvre de la maturité d’Arvo Pärt, émouvante par son dépouillement, écrite dans ce qu’il appelle lui-même son style « Tintinabulli » . Bien qu’à l’évidence influencée par son étude intensive de la musique médiévale, elle est écrite dans un langage solidement ancré à cette fin du XXe siècle.
Modèle incontestable d’Arvo Pârt, le Stabat Mater de Josquin des Prés offre la particularité d’être construit sur la chanson de Gilles Binchois (1400-1460), Comme femme desconfortée, rapprochant de cette manière subtile la douleur de la Vierge de celle du commun des mortels.

Profondément ancrée dans la polyphonie de la Renaissance, la musique d’Arvo Pärt est directement reliée aux œuvres des compositeurs franco-flamands comme Machaut, Ockeghem, Obrecht et Josquin des Prés.
Le Stabat Mater (1985) de Pärt, une de ses œuvres les plus poignantes, illustre particulièrement cette caractéristique essentielle de son langage et trouve tout naturellement place à côté de celui de Josquin des Prés, compositeur le plus influent de son temps.